MAGLAND / FLAINE : UN APPAREIL POUR MONTER LES SKIEURS
Où l'on reparle de la liaison...
Sébastien COLSON
Magland, terre de décolletage. Pour qui ne connaît pas la topographie de ce coin-là de la vallée de l'Arve, l'idée de faire du village une station paraît aussi incongrue que de transformer Cluses en port de pêche.
Cette photo prise en été permet de se rendre compte avec davantage de précision de l'endroit où passerait l'éventuelle remontée mécanique entre le fond de vallée et la station.
Magland, terre de décolletage. Pour qui ne connaît pas la topographie de ce coin-là de la vallée de l'Arve, l'idée de faire du village une station paraît aussi incongrue que de transformer Cluses en port de pêche. Mais elle est au contraire des plus logiques. Il suffit de demander à ceux qui ont vécu les embouteillages de dimanche... «Écologiquement, c'est une aberration de monter les voitures à 2 000 mètres» estime René Pouchot. Flaine, se situe quelque 1 200 mètres à l'aplomb de son village. Et l'on parle d'une liaison à partir du bas de la vallée depuis la création de la station par les Boissonnas au début des années 60...
Un véritable serpent de mer évoqué mercredi. Les décideurs de l'extension de Flaine étaient tous réunis. Parmi eux, le préfet de Haute-Savoie, qui, lors d'un aparté, a semblé voir d'un bon oeil cette liaison. Le dossier est déjà très avancé, mais il suscite beaucoup de questions économiques. «Cela semble indispensable d'avoir un partenariat public-privé. Nous serons un supplétif à la route» explique Alain Beaumin, directeur de Grand Massif Développement.
C'est en effet du côté financier que ça coince. La Sem (Société d'Économie Mixte), prise en charge à 50 % par la commune de Magland, 10 % par le Conseil général, et 40 % par la Compagnie des Alpes, a conclu à la faisabilité technique du projet.
On ne parle plus de funiculaire mais de funitel. Un appareil situé sur deux câbles, qui offre une grande résistance au vent et que l'on trouve par exemple à Val-Thorens ou à l'Alpes-d'Huez. De son côté, la commune de Magland a bloqué des réserves foncières, pour la gare de départ et les parkings.
30 millions d'euros...
Le hic, c'est donc le coût. «30 millions d'euros» selon Alain Beaumin. «On continue d'approfondir les études économiques en particulier avec la clientèle». C'est bien seul le critère de décision pour le patron du Grand Massif. Les projets Sixt et Passy ayant de toute façon peu de chances de se faire. «Pour moi, la liaison Passy-Flaine, c'est une affaire qui a été classée pour les raisons environnementales. Pour Sixt, il s'agit d'une volonté politique, mais nous n'avons lancé aucune étude» explique t-il. Le retour d'investissement serait faible. Les superbes combes de Gers semblent destinées à être épargnées.
Bref, rien n'entrave ce funitel, sauf son prix. Que la puissance publique y voie un intérêt, ouvrant, pourquoi pas, l'intervention de l'État ou un investissement plus grand du Conseil général, est donc la condition pour qu'il se fasse. Sa nouveauté absolue peut rendre les décideurs imaginatifs. Hormis Orelle en Maurienne, qui se trouve tout de même à plus de 100 kilomètres d'un centre urbain, il n'y a pas d'équivalent dans les Alpes d'un ascenseur vers les pistes à à la sortie d'autoroute. Encore moins d'un aéroport international à moins d'une heure de route.
Marc Iochum, maire d'Arâches, plus tiède que les Maglanchards jusque-là, y voit de vraies perspectives. «Cela peut servir au tourisme d'affaire, car le ski ne suffira pas pour la rentabilité d'un tel projet. Il y a des choses à faire en congrès, séminaire, symposium, notamment avec le monde industriel du bas de la vallée» estime t-il. Mais Alain Beaumin, prudent, prévient : «Même si le public intervenait, il s'agirait de très long terme».
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